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31 janvier 2017 2 31 /01 /janvier /2017 06:00
Je suis fille de mineur de fond et fière de l'être !

Je suis née dans le Nord  ( pas encore Hauts de France ) au beau milieu du bassin houiller le plus grand d'Europe. Le HBNPC ( houillères du bassin du nord et du pas de calais ) produisait en 1959 jusqu'à 59 millions de tonnes de charbon. A partir de 1960 la production devint moins rentable puis déficitaire. L'exploitation prit fin le 21 décembre 1990 et les HBNPC disparurent officiellement le 1er janvier 1993.

Le paysage qui m'était familier était celui de la photo : un terril au bout des rails et à droite deux puits : un pour la descente d'air et l'autre pour le retour de l'air .

Je suis fille de mineur de fond et fière de l'être !

Mon père avait 12 ans lorsque sa mère est morte en couches. De son propre chef il quitta l'école où il avait d'excellents résultats pour aller à la ville voisine de faire embaucher dans la mine de charbon. Il suivait un "ancien" qui lui apprenait le métier de mineur de fond. Il bravait sa peur en réalisant  les risques du métier car il voulait gagner sa vie pour subvenir aux besoins de sa petite soeur. . Il fut donc galibot !

Je suis fille de mineur de fond et fière de l'être !

La journée de travail commençait par le passage à la "salle des pendus". Les mineurs se changeaient et hissaient leurs vêtements en l'air à l'aide d'une corde. C'était en partie pour éviter les vols.

Je suis fille de mineur de fond et fière de l'être !

Il fallait ensuite que le mineur passe à la lampisterie pour prendre sa lampe en échange d'un jeton . Lors du retour c'était l'inverse. Le système du jeton avait pour but de voir si tous ceux qui étaient descendus étaient remontés.

Je suis fille de mineur de fond et fière de l'être !

La lampe était très importante car sa flamme permettait d'avancer dans le noir mais surtout la hauteur de sa flamme indiquait la présence de grisou.

Le grisou était le principal danger de la mine car ce gaz fut responsable d'explosions très meurtrières. Mon père a survécu à un coup de grisou. Ses camarades ont pu le ramener en surface et il s'en est tiré avec une embolie pulmonaire qui mit longtemps à guérir .

Je suis fille de mineur de fond et fière de l'être !

Très vite mon père devint chef porion ( contremaître ) Mais les houillères firent venir de la main d'oeuvre du Maroc et la consigne était de produire toujours davantage. Mon père a pété les plombs lorsque l'ingénieur lui a remis un fouet pour inciter les marocains à travailler plus vite. Partant du principe qu'il ne frapperait jamais un homme, il a déchiré sa carte et brisé le fouet . Il a sollicité le poste de boutefeu car il était seul maître à bord. sur la photo vous voyez un boutefeu préparant sa cartouche en la remplissant de poudre avant de bourrer les mines et de "buquer" ( faire éclater à grand bruit le bâton de dynamite ) . Il ouvrait ainsi une nouvelle veine d'exploitation.  

Je suis fille de mineur de fond et fière de l'être !

Le charbon qui était abattu était chargé dans des berlines . Pour tirer le train de berlines un cheval était au fond. La vie de cette pauvre bête avait pour seule consolation les caresses que ne manquaient pas de lui prodiguer les mineurs .

Je suis fille de mineur de fond et fière de l'être !

Les mineurs avaient une courte pause pour manger leur casse-croûte . Deux tartines avec soit du pâté soit du fromage blanc au milieu. Ce moment était appelé le briquet .  Lorsque mon père ne mangeait pas tout il ramenait un peu de ce sandwich qui avait circulé dans les entrailles de la terre et en avait pris un goût spécial que j'adorais . Mon père avait donc pris l'habitude de me ramener un peu de son "pain d'alouette" !

Je suis fille de mineur de fond et fière de l'être !

Au bout des huit heures de travail il était temps de remonter à la lumière du jour. La remontée se faisait dans un ascenseur sommaire qu'ils appelaient la cage et qui balançait beaucoup. Les "gueules noires" s'entassaient dedans, heureux de pouvoir rentrer chez eux.

Je suis fille de mineur de fond et fière de l'être !

Dans les puits de mine non détruits des musées sont installés. C'est dans le musée de Lewarde que j'ai vu ces outils du mineur ainsi que sa barrette  : chapeau en cuir destiné à protéger sa tête. Et la lampe dont je vous ai parlé plus haut.

Je suis fille de mineur de fond et fière de l'être !

Mon père travaillait à la fosse de Vieux condé . J'y allais très souvent, ce monde me fascinait mais Yvonne n'a jamais voulu donner son consentement pour que je descende au fond . Mon grand regret. La fosse de la photo était la fosse Lemay de Pecquencourt, pas très loin de Somain où j'ai enseigné.

Connaissez-vous les mines de charbon ?

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Published by Petitgris - dans souvenirs
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commentaires

Marie 01/02/2017 11:11

C'était dur ; j'ai toujours voulu descendre dans une mine , si un jour je remonte dans l'Est je le ferais ; je respecte infiniment leur travail .

Petitgris 01/02/2017 11:30

Je l'ai fait dans le musée de Lewarde mais ça n'a rien à voir, c'est moderne alors que du temps de mon père c'était un monte-charge dont la SPA ne voudrait pas pour les animaux ! Merci de ta visite Marie :)

Rachel 31/01/2017 15:12

J'ai découvert en détails la vie des mineurs grâce au livre de Ken Follett, "La chute des géants".
Travailler plusieurs mètres sous terre, sans voir la lumière du jour, l'échine courbée quasiment en permanence....Je leur tire mon chapeau! Bravo pour tant de dévouement et de courage!
Tu peux être fière d'avoir un papa si courageux!
Gros bisous Paulette

Petitgris 31/01/2017 17:18

Merci Rachel ! J'ai toujours voué une grande admiration à mon père pour son courage et sa façon de penser ! Gros bisous

monica-breiz 31/01/2017 13:13

j' amire les gens du nord les mineurs
Vous êtes mineurs , comme nous, nous sommes marins
la mine est dure , la mer est cruelle
des métiers qui forgent le caractére
bonne journée pour toi
bises PAULETTE

Petitgris 31/01/2017 17:16

Tout à fait Monica : souvent mon père disait que les pêcheurs bretons avaient autant de mérite que lui ! Des hommes qui ont le caractère bien trempé ! :) Bonne soirée Monica bises

Dhelicat 31/01/2017 10:16

Dur labeur et des hommes courageux je nai jamais visite les mines, un tres bel article Paulette emouvant aussi je pense au film "qu'elle etait verte ma vallee "qui ma frappexetant jeune je lai rachete en dvd d'autres mines dans un autre pays mais toujours cet univers terrible. En ce temps la on ne se posait pas de question on allait bosser pour survivre et faire vivre sa famille on attendait pas un revenu verse a ne rien faire ... autre epoque cest bien de sen souvenir eux se tuaient a la tache ...Bonne journée paulette bisous

Petitgris 31/01/2017 17:13

Cet univers a baigné mes jeunes années. Je pense que c'est pour avoir fréquenté ces travailleurs qui mettaient un point d'honneur à faire vivre dignement leur famille que certaines situations actuelles me choquent tellement ! J'espère que le repos est bénéfique pour ton dos :) Bonne soirée Catherine Bisous

Corinne (Couleur Café) 31/01/2017 09:06

Un travail dur ! J'admire le courage et la force de ces mineurs ! Hommage à ton père ! Gros bisous.

Petitgris 31/01/2017 17:10

Merci Corinne :) C'était un dur labeur et pourtant je n'ai jamais entendu mon père se plaindre ! Gros bisous

trublion 31/01/2017 09:03

Mon père aussi avait choisi les mines, plutôt qu' instituteur, maison, charbon, eau, électricité et même tapisseries gratuites.
On imagine les bénéfices que devaient faire les houillères.
IL y avait le grisou, mais aussi la silicose qui réduisait dramatiquement le temps de vie des mineurs.
Et dire qu' après les huit heures de travail, ils trouvaient encore le temps de faire le jardin !
Bonne journée
Bises

Petitgris 31/01/2017 17:09

Mon père avait choisi une maison au milieu de la campagne . je sais qu'il recevait une somme correspondant aux avantages des corons. C'est la silicose qui l'a emporté à 60 ans après des années de souffrance ! Il avait un superbe jardin et élevait des pigeons voyageurs ! Bonne soirée bises

Ragnagna 31/01/2017 07:19

Depuis que je me suis intéressée à un Chti particulier oui je connais, et quel univers terrible, dur mais riche de vie. En général on parle souvent que des hommes respectables comme ton Papa, droit dans leur bottes et qui prend ses responsabilités avec sérieux. La nature humaine me fait dire qu'ils ne devaient pas y en avoir que de cet acabit.
Le pépé Lulu du Chti aussi était mineur.

Ragnagna 31/01/2017 18:59

Comme quoi même dans une fratrie... Mais c'est vrai que cela a forgé le caractère de la région, un caractère que j'aime beaucoup :)

Petitgris 31/01/2017 17:05

Ta dernière pensée est juste. Le propre frère de mon père est allé réclamer un fouet pour avoir la place laissée vacante ! Nous avions cessé de le fréquenter ! La mine avait forgé le caractère des gens du Nord et leur sens de la camaraderie :) Bisous

Rose63 31/01/2017 06:52

Bonjour Paulette
En te lisant je me suis dite quel courage tous ces hommes , pour répondre à ta question, non je ne connais pas ces mines du Nord ,PAR CONTRE JE VAIS SUR UN BLOG chez Marcel, qui lui fait aussi des articles fabuleux sur les terrils et les mines du Nord, mais celles par chez moi, j'en ai souvent entendu parler , chez nous aussi on a connu ce milieu et beaucoup de Polonais sont venus y travailler à une époque et ont fondé leur famille en sol Auvergnat , c'était des courageux comme ton père , car la mine c'était vraiment épuisant comme travail mais les gens ne craignaient pas de mouiller la chemise
Je ne suis jamais descendue dans une mine mais depuis j'ai souvent visité les Musées dans la région
Ton reportage est saisissant, une ambiance de camaraderie, de dure labeur à cette époque
Créées par trois décrets successifs des 28 juin, 17 juillet et 16 septembre 1946, les Houillères du Bassin d'Auvergne ont un domaine qui s'étend sur cinq départements : Allier, Cantal, Creuse, Haute-Loire et Puy de Dôme.
Juste pour info
Les concessions des Houillères du Bassin d'Auvergne ont une superficie de 32 000 km2. C'est l'un des plus vastes bassins français; il comprend 8 exploitations indépendantes avant 1946, date de la nationalisation des mines de houille....
Merci pour ton article Paulette , il est émouvant
Bonne journée

Petitgris 31/01/2017 17:02

Le bassin houiller du nord était le plus grand d'Europe. Nous avions aussi beaucoup de polonais qui s'étaient très bien intégrés et dont les enfants étaient mes amis d'enfance :) c'était l'époque où les gens travaillaient dur et cela les rapprochait je pense :) Ne jamais oublier le passé ! Bonne soirée Rose Bisous